Après le succès retentissant de notre vente de mars dernier, marquée par l’adjudication spectaculaire d'un chef-d'œuvre d'Adriaen Van Stalbempt à plus d'un million d'euros, Artefact Enchères a le privilège de vous présenter le top lot de sa prochaine vacation. Il s’agit d’une encre et gouache sur soie intitulée Maternité (1973), peinte par Lê Thị Lựu (1911-1988), l'une des figures de proue de l'art moderne vietnamien.
Cette redécouverte historique constitue un véritable événement pour le marché de l'art. Non répertorié dans les bases de données et absent des ventes publiques depuis plusieurs décennies, le tableau a été récemment identifié lors d'un inventaire dans les Hauts-de-France, au sein d'une collection privée où il était préservé depuis plus de vingt-cinq ans. Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, cette œuvre inédite apparaît pour la toute première fois sur le marché.
Première femme admise à l'École des Beaux-Arts d'Indochine en 1926 alors qu'elle n'avait que quinze ans, Lê Thị Lựu a su s'imposer avec brio dans un milieu artistique alors très masculin. Sortie major de sa promotion en 1933, elle enseigne à Hanoï puis à Saïgon avant de s'installer définitivement en France en 1937, à l'occasion de l'Exposition internationale. À Paris, elle forme avec Mai Trung Thứ, Lê Phổ et Vũ Cao Đàm le célèbre quatuor d'artistes vietnamiens modernes, tout en s'engageant activement au sein de l'Union des femmes peintres, sculpteurs et graveurs. Son œuvre rare, qui compte environ 300 peintures, suscite aujourd'hui un engouement mondial et enregistre des résultats records en salle des ventes.
Réalisée en 1973, cette Maternité illustre de façon magistrale la synthèse entre la tradition asiatique et la modernité occidentale enseignée à l'École de Hanoï. Si la composition, montrant une mère en áo dài safran serrant tendrement son enfant contre elle, s'inspire directement des madones de la Renaissance européenne, la technique reste purement vietnamienne. Lê Thị Lựu applique ici ses encres de couleur et ses rehauts de gouache blanche sur une soie contrecollée sur carton. Sa touche vibrante et floutée rappelle le pastel et témoigne de son admiration pour les maîtres postimpressionnistes Auguste Renoir et Pierre Bonnard. Cette œuvre lumineuse appartient à la période la plus aboutie de l'artiste, caractérisée par des visages plus charnels et expressifs.