Eugène BOUDIN (1924-1898) - Lot 178

Lot n° 178
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Estimation :
300 - 500 EUR
Eugène BOUDIN (1924-1898) - Lot 178
Eugène BOUDIN (1924-1898) Lot de trois lettres autographes -Lettre émouvante. Boudin a passé deux mois dans le midi pour soigner le cancer à l'estomac qui va l'emporter au mois d'août suivant. Mais il se sait irrémédiablement atteint; il sait que jamais plus il ne pourra reprendre ses pinceaux. On le ramène à Paris où il ne restera que le temps nécessaire à surveiller le classement de ses toiles. Il est si faible qu'on désespère de pouvoir le transporter à Deauville : ... Je suis toujours dans le même état de faiblesse malgré tous les soins que je trouve ici. ... Enfin, moi j'ai perdu ma santé mais c'était au moins dans un but utile et je ne sais si je la retrouverai jamais...à l'age où nous voici tous parvenus ! Qui est l'âge où nous avons perdu nos parents. Ceci me remets en mémoire que ce fut pré- cisémment à la Pentecôte où mourut notre pauvre vieux père. Une Pentecôte, belle comme celle d'aujourd'hui. ... On attend que je reprenne un peu de forces pour s'en aller à Deauville. Cela viendra-t-il, quand ? ... En juin, on pourra cependant le transporter dans sa maison et il attendra la mort avec sérénité. Par sa fenêtre ouverte, il verra le ciel et la mer, ses deux passions. -Lettre de jeunesse. Boudin vit et travaille à Paris grâce à la pension de I200 francs par an que lui assure pendant trois années la ville du Havre. Il est d'abord question de la famille, de la santé de sa mère, de la pêche de son père : "... Papa a bien raison de dire qu'il fait de meilleures affaires que moi avec sa pêche. J'espère pourtant que ça changera. Nous avons Vals ici qui me tourmente pour que je lui donne de la peinture à emporter afin de confondre nos havrais qui sont acharnés après ce pauvre Boudin ... Il faut préparer sa carrière de longue main et ne pas se presser ni aspirer trop tôt à la réputation. Je voudrais, moi, n'être pas obligé de produire avant d'avoir vaincu de grandes difficultés que je rencontre à chaque pas. C'est un supplice infernal qui apporte le découragement que d'être obligé de produire. Le fruit n'est encore qu'à l'état de bourgeon -Réflexions du peintre sur l'année qui vient de s'écouler " ... Ce qui est passé derrière nous n'est plus qu'un souvenir et pourtant nous les avons vécues ces années, nous y avons dépensé un rude labeur.... et celle qui viennent nous en promettent un non moins lourd. Encore si nous n'en sentions pas trop le poids de ces années passées ... enfin malgré des retours fréquents de douleurs... on se tient à peu près debout et pourtant en ce moment je peux à peine retenir un cri en me retournant sur ma chaise ! Mais on en a tant enduré..." Il lui parle longuement de leurs affaires familiales, d'amis communs. " ... Quoi de nouveau dans ce Havre ? J'écris un mot à Mme Martin qui m'a envoyé une longue lettre. Mais j'ai tant de peine à prendre la plume, après mes fatigues du pinceau tout le jour, que je ne réponds plus que contraint et forcé. J'ai à peine aperçu St Albin très occupé avec sa pièce Panurge qui fait de grosses recettes... C'est tout ce que je sais de la littérature ne sortant pas ou n'allant jamais au théâtre ..." etc.
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